Roméo et Juliette de Piotr Ilitch TCHAÏKOVSKI

Roméo et Juliette (ouverture)

Piotr Ilitch TCHAÏKOVSKI (1840-1893)

L'ouverture à programme trouve son essor au XIXème siècle grâce au mouvement romantique et à sa volonté de marier formes traditionnelles et contenu libre. Ces ouvertures sont, au début du siècle, écrites expressément pour "ouvrir" des pièces de théâtres, il s'agit alors d'ouverture de musique de scène telles que Coriolan de Beethoven pour la pièce de Collin, ou le Songe d'une nuit d'été de Mendelssohn pour la pièce de Shakespeare. Elles sont ensuite peu à peu écrites pour des occasions exceptionnelles ou bien directement pour le concert. L'ouverture devint ainsi une xuvre autonome et les sujets utilisés purent alors s'élargir à l'évocation de la nature ou de voyages. Ainsi Tchaïkovski, en fin connaisseur de la culture et de la musique occidentale, a écrit de nombreuses ouvertures qui se rapprochent du poème symphonique tout en gardant un programme d'origine dramatique. En témoigne, l'ouverture fantaisie Roméo et Juliette.

Tchaïkovski entreprit la composition de son ouverture-fantaisie en 1869; cependant, mécontent de ce qu'il a écrit, il sollicite les conseils de Balakirev, chef du groupe des Cinq, qu'il rencontre à Saint-Pétersbourg, et révise l'xuvre en 1870, quelques mois après la création de la première version à Moscou, le 16 mars de la même année. La deuxième version est créée à Saint-Pétersbourg, le 17 février 1872. Cette version le laisse toujours insatisfait et Tchaïkovski met cette xuvre de côté ; il ne l'achèvera qu'en 1880 et elle deviendra alors, sous sa forme définitive, l'un de ses plus grands succès. L'accueil par le public lors de la création de cette ultime version à Tiflis le 1er mai 1886 fut un des plus chaleureux que le compositeur russe pu recevoir.

Le Capriccio Espagnol

Nikolaï RIMSKI-KORSAKOV (1844-1908)

Composé en 1887, le Capriccio Espagnol commença par être une projection de "fantaisie de thèmes espagnols" pour violon et orchestre, mais Rimsky conclura rapidement qu'il pouvait améliorer ces mélodies avec un travail plus orienté pour l'orchestration : "les thèmes espagnols, basés sur des danses, me donnèrent un matériel riche pour employer des effets orchestraux colorés". Le premier violon cependant a un solo très important dans la partie finale du capriccio tout comme pour la clarinette et la harpe.

Le capriccio espagnol est une courte suite construite autour de cinq mouvements qui s'enchaînent. L'ouverture alborada (chant du matin) met en place une humeur exubérante et festive qui revient au milieu et à la fin du capriccio comme étant le thème principal. Le deuxième mouvement, variations, prend la tournure tendre et nocturne d'une mélodie à travers une variété de couleurs orchestrales chaudes avant que l'alborada reprenne à nouveau. La scène du chant des tsiganes s'ouvre dans une fanfare et évoque la musique tsigane espagnole avec des solos brillants; le spirituel fandango asturiano suit directement après, et le capriccio conclue avec le retour festif de l'ouverture alborada. Le capriccio espagnol n'est pas une pièce de musique très profonde mais il est énormément apprécié et Rimsky-Korsakov le savait : "le tout dans le tout" écrivit-il, "le capriccio est indubitablement une pièce externe pure mais extrêmement brillante".

Le Prince Igor : Les danses polovtsiennes

Alexandre BORODINE (1833-1887)

L'action du Prince Igor se situe en Russie en 1185, entre la ville de Poutivle et un camp polovtsien. Igor est le prince de Seversk et règne à Poutivle. Son père Sviatoslav, mort vingt ans auparavant, a autrefois repoussé les Polovtsiens, une tribu tatare, jusqu'aux plaines du Don (Ukraine). Son grand-père, Oleg Sviatoslavovitch, mort en 1115, s'était allié aux polovtsiens pour combattre ses oncles, mais il fut vaincu. Les polovtsiens le firent alors prisonnier et le livrèrent à l'empereur de Byzance qui l'exila à Rhodes. Cependant il revint dans la province de Kiev et devint archonte de Khazarie. Il prit la tête d'une nouvelle armée polovtsienne pour combattre Vladimir Monomaque et conquit la ville de Tchemigov. Il fut cependant défait en 1097 et signa la paix avec Monomaque. L'alliance d'Oleg avec les Polovtsiens et ses nombreuses séditions et autres méfaits lui ont valu de la part des chroniqueurs russes et de l'auteur du Dit de l'expédition d'Igor, le surnom de Gorieslav (de "Gorié" : Malheur).

Sviatoslav Olegovitch reprit avec son frère aîné Vsevolod la lutte contre les Monomaques, grands princes de Kiev. Vsevolod épousa la petite fille de Vladimir Monomaque et il soutint son beau-père à la mort de Vladimir. Il devint ensuite lui même grand prince de Kiev jusqu'à sa mort en 1143. Après la mort de celuici, son fils Sviatoslav Vsevolodovitch, cousin du prince Igor, soutint son oncle Sviatoslav Olegovitch contre les Monomaques. Sviatoslav Vsevolodovitch devint grand prince de Kiev en 1177, jusqu'à sa mort en 1194. Les polovtsiens, ayant pris la place au fils du temps des Khozars et des Petchenègues, furent en partie les responsables du déclin de Kiev, à cause des attaques répétées qu'ils menaient contre les voies commerciales menant à Byzance.

Le fils de Sviatoslav, Vsevolod Tchermny, s'allia aux polovtsiens pour attaquer la ville de Galitch. Défait, il combattit Iaroslav Vsevolodovitch, grand prince de Vladimir, descendant de Vladimir Monomaque et père de Alexandre Nievsky, prit Kiev, en fut chassé et engagea des mercenaires polovtsiens pour reprendre la ville et devenir grand prince de 1208 à 1214. Il épousa la fille du roi de Pologne Casimir II. Son fils lui succéda, mais fut tué par les mongols en 1246. Dans l'opéra, Igor et son fils Vladimir ont pris la tête d'une armée pour marcher sur le camp polovtsien, cependant ils sont vaincus et fait prisonniers par le khan Kontchak. Celui-ci, loin d'être un barbare sanguinaire, offre à son princier prisonnier tout ce qu'il peut souhaiter pour alléger le poids de sa captivité. C'est ainsi qu'il ordonne que des esclaves viennent danser pour le distraire, et qu'interviennent, à la fin de l'acte II de l'opéra, les célèbres danses polovtsiennes alliant une douce et ensorcelante mélodie à une vigueur rude et barbare.

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