Les Danses de Galanta de Zoltán KODALY

Mille Regrets

Josquin DESPREZ (1440-1521)

Né vers 1440, Josquin Desprez est originaire du nord de la France où se développe entre le XVe et le XVIe siècle un très important courant musical dit "franco-flamand". Au début de sa carrière, Josquin Desprez est avant tout connu comme chanteur. Il évolue dans le monde musical de Jean Ockeghem et de Guillaume Dufay.Vers l'âge de vingt ans, il part en Italie où il devient choriste de la cathédrale de Milan. Il alternera ensuite des résidences en France auprès de la Cour et en Italie auprès des multiples seigneurs de ville-états qui composent à l'époque la botte : Sforza à Milan, Este à Ferrare, Médicis à Florence. Sa musique marque l'apogée de la musique sacrée de la Renaissance faisant la jonction entre Guillaume de Machault et Claudio Monteverdi. Douze ans après sa mort vers 1521, Rabelais louera Josquin dans le quatrième livre de son Pantagruel et le placera en tête de tous les musiciens, avant Ockeghem et Agricola.

Josquin fait partie, avec des compositeurs comme Orbrecht, Compère, Mouton ou de la Rue, des musiciens dits de la troisième période de la musique vocale franco-flamande. Celle-ci se caractérise par un retour vers un style plus simple et plus clair où une certaine douceur de la sonorité est privilégiée, ceci en rupture avec la complexité mélodique et rythmique des oeuvres d'Ockeghem et Dufay. Bien que ne faisant pas partie des très nombreuses pièces sacrées de Josquin, ce Mille regrets partage avec celles-ci un art très subtil de la dissonance ainsi qu'une écriture polyphonique dérivée du bicinium où alternent et se répondent des sous-effectifs de deux ou trois voix engendrant alors des contrastes sonores et des effets d'imitations saisissants.

Crucifixus

Antonio LOTTI (1665-1740)

Choeur de Chambre du COGE, le jeudi 27 mai 2004 à la Salle Cortot, Paris

Né à Venise en 1666, élève de G. Legrenzi, Lotti fut chanteur à Saint-Marc à partir de 1689, et y devint premier organiste en 1704. De 1717 à 1719, il séjourna à Dresde. Alors à la tête d'une compagnie italienne d'opéra, il fit représenter plusieurs oeuvres théâtrales qui lui furent commandées par le Prince-électeur Frédéric-Auguste. Après 1719, de retour à Venise où il mourra en 1740, il n'écrivit plus pour le théâtre et se consacra à la musique sacrée. A la fin de sa vie, il fut maître de chapelle à Saint-Marc et enseigna au Conservatoire des Incurables. Lotti fut un musicien de grand savoir, mais aux conceptions artistiques austères. L'élévation de son inspiration se manifesta surtout dans la musique sacrée. Il composa des oratorios, une vingtaine de messes à trois ou quatre voix, ainsi que de nombreux psaumes, motets et antiennes.

On doit à Lotti plusieurs Crucifixus. Ce court texte est un extrait du Credo de la messe et le compositeur vénitien en a légué trois mis en musique pour chxur a capella à six, huit et dix voix. L'oeuvre présente est le Crucifixus à six voix avec doublement des parties supérieures. Il est écrit dans la tonalité de do mineur et débute par de lents accords dissonants. Le développement mobilise tout le talent de l'écriture contrapuntique du compositeur qui permet d'allier une harmonie tendue par l'utilisation fréquente du retard avec une structure polyphonique en imitation, aérée par l'alternance de "cascades" de voix et d' « échos » entre les parties.

Selig Sind Die Toten SWV 391

Heinrich SCHÜTZ (1585-1672)

Né en 1585, élève de Giovanni Gabrielli (l'organiste vénitien de Saint Marc), contemporain de Girolamo Frescobaldi, organiste de Saint-Pierre de Rome, Heinrich Schütz entra au service de l'électeur de Saxe en 1615 puis devint maître de chapelle en1617. Compositeur du premier opéra en langue allemande, Schütz fut surtout un fertile compositeur de musique sacrée, son catalogue comprenant notamment trois Passions, deux oratorios sacrés et des psaumes. Il meurt en 1672.

La publication de cette oeuvre au sein des Geistliche Chormusik est très tardive puisque Schütz a alors soixante-trois ans. Cependant la technique d'écriture, encore très largement influencée par le style antique hérité de la renaissance et qui se confronte au style nouveau ou style concertant du début du XVIe siècle laisse penser que l'écriture de ces pièces a débuté dès les années 1615. Le texte de ce motet est issu de l'Apocalypse de Saint Jean. Il est écrit pour six voix avec doublement des parties supérieures. Deux principes d'écritures coexistent : l'énonciation homorythmique basée sur l'harmonie verticale et le contrepoint. S'ajoute ensuite le traitement des voyelles : utilisation de valeurs longues, de valeurs courtes (saccades) ou encore de mélismes. Enfin, Schütz exploite de manière très frappante l'anticipation (dans l'introduction et l'affirmation du "Ja") ainsi que l'écho. L'oeuvre présente donc une richesse flamboyante issue du style antique rivalisant avec les plus célèbres motets du recueil des Psaumes de David.

Les Danses de Galanta

Zoltán KODALY (1882-1967)

Orchestre de Chambre du COGE, le jeudi 27 mai 2004 à la Salle Cortot, Paris

Né à Kecskemét en 1882, c'est à l'Académie de musique de Budapest que Kodaly, alors étudiant en composition, rencontre Béla Bartok. En 1906, ils partent ensemble parcourir les campagnes hongroises, transylvaniennes et roumaines à la recherche des trésors de la musique traditionnelle de cette région. Tout son travail de compositeur restera imprégné de ces recherches musicologiques sur le folklore. La plus grande partie de son oeuvre est en effet dédiée au chant choral. Il développa d'ailleurs une très célèbre méthode destinée à l'apprentissage du chant dès l'école primaire. Son écriture musicale prend soin d'être toujours en accord avec la prosodie et l'intonation des textes. Contrairement à ses compatriotes Bartok et Ligeti, Kodaly choisira de rester en Hongrie jusqu'à sa mort à Budapest en 1967 et ce, malgré les périodes troublées de la guerre et du communisme. Pour les hongrois il demeurera toujours l'homme qui "a fait chanter tout un peuple".Les Danses de Galanta font partie des rares productions de Kodaly pour orchestre. Commandées par la Société philharmonique de Budapest, elles furent créées le 23 octobre 1933. L'écriture de ces danses trouve bien entendu parfaitement sa place au sein du gigantesque travail éthno-musicologique entrepris par Kodaly et son compatriote et ami Bartok (a qui l'on doit notamment les Danses roumaines). C'est avant toute chose la richesse rythmique qui illumine cette suite de danses populaires et endiablées, amenant les exécutants à de réelles prouesses de virtuosité.

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