Chichester Psalms de Leonard BERNSTEIN

Symphonie n°7 en la majeur, op. 92

Ludwig van BEETHOVEN (1770-1827)

La 7e Symphonie en la majeur, opus 92 fut composée parallèlement à la 8e Symphonie, en 1811 à Tepliz (une station de cure où se réunissait toute la bonne société de Bohème). Ce sont deux symphonies jumelles, comme le sont les 5e et 6e Symphonies. Pourtant, Beethoven était conscient des limites de sa 8e Symphonie qu'il appelait « la petite » par rapport à « la grande » en la majeur. Il acheva sa 7e à Vienne, le 13 mai 1812. Malgré quelques déboires financiers, sentimentaux et de santé, Beethoven était entré dans une phase de maturité artistique. Ainsi, entre 1808 et 1811, il composa un grand nombre d'oeuvres restées célèbres : le Cinquième concerto pour piano, la musique de scène Egmont, le Quatuor n°10, les Sonates pour piano n°24 à 26, les Bagatelles « pour Elise » (avec la fameuse Lettre à Elise), la Sonate pour violon et piano n°10 et le Trio n°7 « Archiduc ». Curieusement, alors que Beethoven était au faîte de sa gloire, la symphonie ne fut jouée que 19 mois après sa conclusion.

Le compositeur dirigea personnellement la Première le 8 décembre 1813 dans la grande salle d'honneur de l'Université de Vienne lors d'un concert de charité organisé par Maelzel (le créateur du métronome), au profit des soldats Autrichiens et Bavarois blessés à la bataille de Hanau. La Symphonie devait être une pièce d'accompagnement à la très démonstrative Victoire de Wellington. Elle connut un grand succès. Le second mouvement (l'allegretto) fut même bissé : « les applaudissements s'élevèrent jusqu'à l'extase » raconte un journal de l'époque. Spohr, l'ami de Beethoven, laissa un récit étonnant de cette première exécution : « l'interprétation [de l'allegretto] fut absolument magistrale, malgré la direction de Beethoven à la fois confuse et comique. On s'apercevait clairement que le pauvre maître était presque totalement sourd, n'entendait plus les passages piano de sa propre musique. Malheureusement cette infirmité fut encore plus évidente durant la deuxième moitié du premier mouvement de la symphonie. Ce passage comporte deux pauses qui se suivent très rapidement, et dont la seconde précède un pianissimo. Beethoven, durant l'exécution a dû oublier ce passage. En effet, il recommença à marquer le tempo avant même que l'orchestre n'arrive à la seconde pause. Ainsi, sans qu'il s'en rende compte, Beethoven eut bientôt dix ou douze mesures d'avance sur l'orchestre.

Durant le crescendo suivant au moment où, selon lui, le forte devait commencer, il leva les bras en faisant un bond. Comme il ne se produisait rien, aucun forte, il regarda autour de lui d'un air inquiet et fixa haineusement l'orchestre qui attaquait seulement le pianissimo. Il ne comprit véritablement ce qui se passait que lorsque surgit tout à coup le forte qu'il n'attendait plus ». La 7e Symphonie fait partie des grandes symphonies impaires (3, 5, 7, 9), caractérisées par leur vigueur, leur tension, leur rythme, par opposition aux symphonies paires (2, 4, 6, 8), plus mélodiques. L'orchestration de cette oeuvre est très classique : bois par deux (2 flûtes, 2 hautbois, 2 clarinettes, 2 bassons), 2 cors, 2 trompettes, 2 timbales et les cordes. La Symphonie entière marque un retour vers une forme strictement classique (forme-sonate et lied), après les écarts des précédentes. Notons également que Beethoven abandonna l'idée d'intégrer un message, comme il l'avait fait pour l'Héroïque (3e) ou la Pastorale (6e).

Chichester Psalms

Leonard BERNSTEIN (1918-1990)

Leonard Bernstein composa les Chichester Psalms à la suite de l’écriture de la Symphonie n°3 intitulée « Kaddish ». Les deux oeuvres incluent des parties chorales en hébreu. Si la symphonie reprend la prière que les Juifs adressent à Dieu en période de deuil, les Chichester Psalms sont la mise en musique de plusieurs psaumes de David. Dans la tradition, David est le roi le plus jeune du peuple d’Israël, roi plein de bonté, fidèle, musicien et poète. Il est souvent représenté avec une harpe. Lorsqu’il est choisi par le Seigneur pour monter sur le trône à la suite de Samuel, ce n’est encore qu’un enfant qui garde le troupeau de son père. Ses chants à Yahvé sont des louanges.

Il existe deux versions de l’oeuvre chorale Chichester Psalms : l’une écrite pour jeune garçon soprano soliste ou contre-ténor, solistes, choeur et orchestre (trompettes, trompettes, percussions, harpes, tympanon et cordes) ; la seconde est une réduction de la partie orchestrale pour orgue, harpe et percussion. Le choix de faire chanter certains versets des psaumes par un jeune garçon, la présence de la harpe et du tympanon ne sont pas des hasards. Bernstein a précisé sur sa composition que les parties écrites pour jeune garçon ne devraient en aucun cas être chantées par une femme. Clairement, le compositeur souhaite inscrire sa musique dans la tradition religieuse et la mettre en scène : le jeune garçon soliste, accompagné par la harpe, renvoie à la figure du roi David. L’utilisation du tympanon n’est pas anodine. En effet, tout comme le psaltérion, le tympanon est apparu au Moyen-Âge pour accompagner le chant des psaumes. Les textes utilisés dans les Chichester Psalms ont été choisis et arrangés par Bernstein selon trois thèmes qui constituent les trois parties de l’oeuvre. La première partie reprend les psaumes 100 et 108 et se présente comme un hymne chanté à la gloire du Seigneur. La septième majeur qui sépare les ténors des basses, ainsi que la structure rythmique dansante font naître la joie et l’enthousiasme.

En mettant en contraste les psaumes 23 et 2, la deuxième partie chante le conflit du peuple à choisir sa voie entre celle de la bonté, à la suite du Seigneur, évoqué comme un doux pasteur, et celle de la révolte. Enfin, la troisième partie est consacrée aux psaumes 131 et 133 qui évoquent la joie paisible d’avoir foi en le Seigneur et de vivre en harmonie avec ses frères. La force de l’oeuvre réside dans la succession des scènes, dans le mélange des rythmes et des ambiances musicales. En effet, si certains tableaux évoquent avec beaucoup de douceur la paix qui règne dans le coeur des hommes, d’autres paraissent sortir tout droit de West Side Story. La diversité permet à l’auditeur de voyager, de suivre les inclinations du coeur du peuple d’Israël et l’incite à se joindre à la prière faite au Seigneur.

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