Hear my Prayer, O Lord d'Henry PURCELL

Messa quatuor vocum (Messe à quatre voix)

Domenico SCARLATTI (1685-1757)

La date de composition de cette messe à quatre voix mixte est à ce jour encore inconnue, l'autographe ayant disparu. La bibliothèque de Madrid dispose cependant d'une copie provenant de la chapelle royale et datée de 1754, témoignage de la grande carrière de Domenico Scarlatti en Espagne. Cette messe fait partie de la production sacrée « à la Palestrina » ou encore dans le style antica par opposition aux grandes messes à huit voix du style moderne que D. Scarlatti composa aussi. Le style antique, quant il est développé de manière aussi convaincante qu'il l'est ici, garantit un « ton » impersonnel et contemplatif, très approprié à la musique liturgique. On notera dans le Sanctus l'emploi de la polyphonie ne gênant pas la compréhension du texte, les mouvements contraires, l'emploi de cadences fonctionnelles aux endroits importants ainsi que la présence d'accord parfait sur les degrés II, III et VI donnant un caractère modal. Le Benedictus est structuré par un décalage des voix d'hommes et de femmes et contient la reprise du hosanna du sanctus. On notera enfin dans ces deux numéros le rôle essentiel de la sensible du ton de sol mineur dans la broderie ainsi que la conclusion en sol majeur. On rapprochera cette messe de la Missa in Semiduplicibus Maloribus II de G. P. Palestrina.

Hear my prayer, O Lord (Ecoutez ma prière, O Seigneur)

Henry PURCELL (1658-1695)

Les full anthems ou antiennes complètes, c'est à dire pour solistes et choeur avec accompagnement orchestral, sont des oeuvres polyphoniques qui empruntent leurs textes à l'Ancien testament et particulièrement aux Psaumes. Prières en musique destinées à l'assemblée mais ne faisant pas partie de la liturgie, ces oeuvres sont intelligibles par tous les fidèles grâce à leur mélodie simple. De plus, la puissance poétique des textes bibliques stimule l'inspiration du compositeur et éveille sa sensibilité. L'anthem est à Purcell ce qu'est la cantate à Bach : terrain de recherche et d'expérience dans la composition. Hear my prayer, O Lord , composé entre 1680 et 1682, probablement pour l'abbaye de Westminster, font partie du genre full anthem. Purcell y exprime sa ferveur et sa spiritualité. On y trouve une grande puissance expressive souvent bouleversante et ces qualités de pudeur, de dignité et de simplicité particulières aux grandes oeuvres anglicanes. Dans Hear my prayer, O Lord, pièce pour choeur ou solistes à huit voix, la forme monolithique évolue de la manière fluide, sans rupture ni ébranlement. Le déroulement du thème en do mineur s'inspire de la technique d'épaississement progressif du maître de Purcell, John Blow. énoncé initialement par l'Alto II, le motif principal subit le travail contrapuntique du maître dans un style étrangement archaïque et minutieux. Par une sensibilité répandue de façon poétique dans son écriture chorale, dans le traitement des dissonances et dans la grâce de ses lignes mélodiques, Purcell arrive à exprimer une sensualité sonore, modérée, délicate et légère, répondant à une conception précise de la musique, qui est celle de la décoration et de l'ornement.

Jesu meine Freude (Jésus ma joie) BWV 227

Jean-Sébastien BACH (1685-1750)

La composition de ce fameux motet funèbre a cappella date des tous premiers mois après la nomination de Bach au poste de Cantor de Leipzig. On suppose qu'il fut composé pour un service commémoratif à la mémoire de la fille du recteur de l'école Saint-Nicolas. Ce motet démontre combien Bach était attaché à l'idéal d'équilibre et de symétrie qui était la marque des compositeurs du XVIe siècle. On distingue très clairement une structure concentrique autour du numéro VI « Ihr aber seid nicht fleischen sondern geistlich » (Vous, cependant, vous n'êtes pas de la chair, mais de l'esprit), fugue à cinq voix en sol majeur. Bach part d'une célèbre mélodie de Johann Crüger mettant en musique un choral de Johann Franck datant de 1653, on la retrouve dans quatre des numéros, dont le numéro initial et final. Entre chacune des six strophes s'intercale un verset du huitième chapitre de l'Epître aux Romains de St Paul. La richesse du style participe aussi pleinement à la construction concentrique de l'oeuvre, Bach partant d'un simple choral harmonisé, enchaînant sur un motet en style antique, reprenant le choral à cinq voix dans un style plus figuré, traitant ensuite un verset de Saint Paul en trio, transformant le choral de Crüger par contamination textuelle pour arriver jusqu'à la fugue centrale et parcourir le chemin inverse jusqu'au retour à la mélodie originale du texte de Franck.

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