Méditation de Thaïs de Jules MASSENET

Marche funèbre d'une marionnette

Charles GOUNOD (1818-1893)

La danse de la marionnette s'accélère, puis s'affole. La marionnette tombe, morte. Après quelques accords dramatiques, sa marche funèbre commence. Elle n'a rien de triste ni de lourd, mais reproduit la démarche claudiquante, hésitante et déséquilibrée de l'héroïne. Jamais marche funèbre n'a été aussi légère et aussi gaie que celle de la marionnette, dont le dernier voyage est à l'image des autres, badin et insouciant. Les biographes de Gounod (et les producteurs de disques) ignorent systématiquement cette petite pièce pleine de charme et d'humour, initialement composée à Londres en 1871 dans une version pour piano, et orchestrée, après le retour en France, en 1879. On y apprend que le compositeur de Faust aurait été un génial illustrateur de dessins animés. Alfred Hitchcock ne s'y est pas trompé, en utilisant le thème de l'oeuvre pour la musique de ses séries "Alfred Hitchcock hour".

Poème pour violon et orchestre Op.25

Ernest CHAUSSON (1855-1899)

Ernest Chausson a atteint sa pleine maturité artistique lorsqu'une nouvelle de Tourguéniev, l'un de ses nombreux amis écrivains, lui inspire l'une des oeuvres les plus envoûtantes du Romantisme finissant. Il s'abstrait progressivement des détails de l'intrigue et du titre - le chant de l'amour triomphant - pour ne garder qu'un long chant passionné, fulgurant, transcendant les conventions de mesure et d'élégance dans lequel la musique de salon de l'époque cantonne alors le violon. Par sa fluidité de la partie soliste, mais aussi les colorations flamboyantes et fugaces de l'accompagnement, véritable tapis d'orchestre, Chausson annonce ici tout autant Debussy qu'il ne se souvient de ses maîtres et modèles, Wagner et César Franck.

Méditation de Thaïs

Jules MASSENET (1842-1912)

Le charme de la très célèbre Méditation, extraite de l'opéra Thaïs de Jules Massenet, pourra sembler plus léger. Il faut pourtant dépasser les séductions immédiates du chant, et même l'argument de la scène - la difficile conversion d'une courtisane d'Alexandrie à la foi - pour s'imprégner de la pureté et de la sensibilité de l'ensemble. Massenet savait admirablement conjuguer émotion et retenue, sophistication et sincérité : toute une science qui sait heureusement se faire oublier et ne laisse qu'un parfum simple, impérissable.

Havanaise, pour violon et orchestre

Camille SAINT-SAËNS (1835-1921)

L'on pourrait en dire autant, malgré la différence d'esthétique, de la Havanaise de Camille Saint-Saëns. Sans atteindre la complexité du Poème de Chausson, il s'agit certes là d'une pièce de virtuosité ; mais son charme est plus subtil et profond que dans le Rondo Capriccioso du même auteur. Le rythme nonchalant de habanera est ici dépouillé de tout hispanisme facile : la musique s'écoule tranquillement, laissant s'épanouir librement les bourgeons du rêve, de la nostalgie, de la lumière.

Prélude à l'après midi d'un faune

Claude DEBUSSY (1862-1918)

Si Debussy a toujours refusé d'appartenir au mouvement, son "Prélude à l'après-midi d'un faune" n'en est pas moins devenue l'oeuvre musicale impressionniste par excellence. Cette composition fut inspirée du poème de Mallarmé "L'après-midi d'un faune". Au cours d'un de ces lourds après-midi d'été, un faune se réveille après un rêve agité, empli de désir, dont il s'efforce de garder l'atmosphère et le souvenir par l'artifice de la musique. Debussy cherchait, d'après sa propre déclaration, non pas à suivre fidèlement le texte mais à restituer l'atmosphère du poème. Mallarmé souligna dans un petit quatrain de remerciement la "lumière" que le compositeur avait su faire passer dans le souffle de la flûte. En effet, après avoir présenté le thème caressant du Faune à nu, elle émerge souvent en soliste mais jamais l'orchestre ne l'accompagne. Il la relaie et la prolonge pour à la fin de l'oeuvre laisser ce thème s'évaporer par élimination de ses notes, réduit à des miettes, à des intervalles isolés.

Carmen (suite n°1)

George BIZET (1838-1875)

Inspirée de la nouvelle de Mérimée, Carmen est une de ces oeuvres au parfum de scandale dont on a tôt fait de forger un mythe. La fin de Bizet, au soir de la trente-troisième représentation, n'a pas peu contribué à la "légende de Carmen". Dans cet opéra qui choqua tant la société bien pensante de l'époque, et dont on entendra ce soir cinq passages symphoniques, le fascinant mélange d'érotisme et de mort n'a toujours rien perdu de son lancinant mystère.

n°1 : Ce qu'annoncent les violoncelles, c'est la mort, implacable, inévitable. C'est une prédiction chantée sur les notes de la gamme gitane des cartomanciennes... L'Aragonaise qui suit est d'une force évocatrice étonnante, quand on pense que Bizet n'a jamais vu l'Espagne.

n°2 : (Prélude à l'acte III) L'aube se lève sur le refuge montagnard des contrebandiers où José, comme envoûté, a suivi Carmen. Instant de fraîcheur et de pureté, fragile comme le bonheur.

n°3 : (Séguedille de l'acte I) L'éblouissante gitane Carmen est toute à sa nouvelle conquête, le dragon de la garde José, jeune homme un peu falot. Elle entreprend de le séduire par une ensorcelante séguedille. "Prés des remparts de Séville", elle lui donne rendez-vous. José, fou d'amour, ira, se battra, désertera.

n°4 : (Les dragons d'Alcala, acte II) Cette gracieuse petite marche militaire doit sonner bien ironiquement aux oreilles du pauvre José, maintenant délaissé par sa gitane éprise de liberté.

n°5 : (Les toréadors) A Séville, c'est le jour des combats. Au thème de la Corrida succède celui du toréador Escamillo, nouvel amant de notre héroïne. Alors que son rival triomphe sur l'arène, José, meurtri, aura beau supplier Carmen de revenir... "l'oiseau rebelle" n'écoute que son seul désir !

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