Requiem de FAURÉ

Requiem en ré mineur, op. 48

Gabriel FAURÉ (1845-1924)

A ceux qui l'interrogeaient sur la Genèse de son requiem, Fauré répondait: « Mon Requiem a été composé pour rien... pour le plaisir si j'ose dire » et dans un entretien, il précise qu'il a « cherché à sortir du convenu », préférant exprimer sa sensibilité d'artiste, sa conception personnelle de la mort comme « une délivrance heureuse, une aspiration au bonheur d'au-delà, plutôt que comme un passage douloureux ». Citation bien connue des mélomanes, elle résume cependant au mieux l’esprit de ce requiem. L'œuvre est composée entre l’automne 1887 et le début de l’année 1888 pour ce qui est du Pie Jesu, Introït et Kyrie, In Paradisum, Agnus Die et Sanctus, selon l'ordre de composition. Ces cinq pièces sont exécutées lors d’un office mortuaire en l’Eglise de la Madeleine le 16 janvier 1888, sous la direction de Fauré lui-même. Cependant, l’écriture de ce Requiem avait été si subite que le compositeur se trouvait insatisfait de sa première orchestration, comprenant alors alti, violoncelles divisés, orgue, harpe et timbales.

Il ajoute donc deux cors et deux trompettes pour une nouvelle audition de son Requiem en cette même Eglise de la Madeleine, au mois de mai 1888. L’Offertoire et le Libera Me viennent compléter l’œuvre après ces premières représentations. Le premier est probablement esquissé dès 1887, mais véritablement achevé en 1889. Le Libera Me est quant à lui issu d’une pièce pour solo et orgue datée de 1877, reprise dans le Requiem en 1891, adjointe de trois trombones. Cette structure finale de Requiem inspirera tout particulièrement Maurice Duruflé, pour son propre Requiem. Ces différentes étapes d’écriture ne frappent cependant pas l’auditeur, l’œuvre restant de construction très homogène. Seule l’orchestration pour laquelle Fauré a opté suscite une certaine curiosité : l’absence des violons, instrument-roi de l’orchestre depuis longtemps, ainsi que des bois est pour le moins inhabituelle.

Aussi, l’éditeur de Fauré lui conseille d’adapter cette version pour grand orchestre symphonique, avant de publier la partition. Aucune trace manuscrite de cette version pour orchestre « traditionnel » n’a été retrouvée dans les archives du compositeur, bien qu’elle fût éditée. L’orchestrateur est plus vraisemblablement l’un de ses élèves, un dénommé Ducasse. En effet, l’orchestration initiale est toute représentative de la teinte recherchée par Fauré. L’atmosphère ainsi obtenue est particulièrement douce, à la limite du merveilleux. Seuls quelques passages plus intenses et forte viennent ponctuer l’énoncé clair et fluide du texte latin, supporté par des lignes mélodiques particulièrement proches des sonorités chantées. Dès lors, la reconstitution de la version originale n’est due qu’au travail patient d’amoureux de Fauré, qui ont cherché à retrouver l’esprit initial de ce chef d’œuvre.

Le tombeau de Couperin

Maurice RAVEL (1875-1937)

Le Tombeau de Couperin est une suite de six pièces pour piano (la dernière suite pour piano de Ravel), mûrie dès 1914, mais presque entièrement composée durant l'été 1917. A cette époque Ravel, malade, démobilisé et terriblement affecté par la mort de sa mère, se reposait en Normandie. Le caractère apaisé de l'œuvre contraste avec la période tourmentée de sa composition. Cette œuvre ancre profondément Ravel dans la tradition française initiée par François Couperin (dit le Grand) et Jean-Philippe Rameau. Le mot Tombeau dans le titre fait référence à un type musical usité au XVIIIe siècle : le terme doit être compris comme « en l'honneur de » plutôt que dans le sens mortuaire. Dukas et De Falla, pour ne citer qu'eux, participèrent d'ailleurs à la même époque à la composition d'un Tombeau de Debussy, tout juste disparu. L'intention de Ravel n'était pas d'imiter Couperin, mais plutôt de rendre hommage aux sensibilités, à la clarté et à l'élégance de l'école française. On retrouve cette sérénité à la relecture des danses anciennes dans le Pulcinella de Stravinsky ou le Bourgeois Gentilhomme de Richard Strauss.

En raison des bombardements sur Paris, la Première fut repoussée au 11 avril 1919. Ravel, très impatient, ne put résister à l'envie d'orchestrer quatre de ces pièces : le Prélude, et les trois danses (Forlane, Menuet et Rigaudon). « Pour moi, orchestrer est plus un jeu que du vrai travail ! », avait-il l'habitude de dire. Marguerite Long se chargea de la première interprétation de l'oeuvre en public, salle Gaveau. Quelques mois plus tard, le 28 février 1920, l'Orchestre Pasdeloup, sous la direction de Rhené-Baton créa les quatre mouvements orchestrés. L'effectif instrumental réduit (bois par deux dont un cor anglais, deux cors, une trompette, une harpe et les cordes) est celui qu'aurait pu réunir un compositeur du XVIIIe siècle. Toutefois, Ravel s'ingénia à mettre en valeur ce que l'œuvre avait de plus moderne : l'orchestration est plus proche du concerto pour orchestre tant les parties individuelles sont solistiques, particulièrement celle du premier hautbois, dans le Menuet et le Forlane.

Le public adopta très rapidement l'œuvre. Au contraire, de nombreux critiques contemporains reçurent durement la pièce. L'un d'entre eux nota ainsi : « Le Tombeau de Couperin de Ravel, c'est joli. Mais un Tombeau de Ravel par Couperin serait tellement plus beau ! ». Un autre reprochant au compositeur le caractère lumineux de son oeuvre, se vit répliquer : « la mort est déjà assez triste comme cela, dans son éternel silence ». En effet, chaque mouvement est dédié à la mémoire d'amis du compositeur, morts durant la Première guerre mondiale.

Symphonie n°1 en ré majeur, op. 25 "Classique"

Sergueï PROKOFIEV (1891-1953)

Prokofiev pensait représenter à vingt-cinq ans – en toute simplicité – le modernisme et le futur de la musique russe. Il possédait déjà une solide réputation « d'enfant terrible » : depuis plusieurs années, il n'hésitait pas à multiplier les provocations, à l'image de la Suite Scythe qui avait fait l'objet d'un véritable scandale à sa création, en 1914. Aussi, lorsqu'il entama en 1916 la composition de sa Première Symphonie, il la surnomma « classique » pour « taquiner les oies » (lettre à son ami Boris Asafiev, dédicataire de l'œuvre) qui représentaient à ses yeux l'intelligentsia culturelle très traditionaliste de Saint-Petersbourg. Il avait longuement étudié avec Tchérepnin le contrepoint des compositeurs classiques, et admirait Haydn.

Comme il l'expliqua dans son Autobiographie, son but était avant tout de transcrire le langage du XVIIIe siècle dans celui du XXe siècle : « «Mon idée était d'écrire une symphonique dans le style de Haydn. [...] Je pensais que si ce compositeur avait encore vécu, il aurait certainement agrémenté sa musique d'éléments nouveaux, tout en conservant sa façon de composer. C'est une symphonie fidèle à ce principe, que je voulais composer comme une symphonie classique. Je l'appelais Symphonie Classique, d'abord pour la simplicité du titre, pour provoquer les philistins et avec l'espoir de vraiment réussir mon pari si la Symphonie Classique se révélait réellement "classique"». La symphonie fut achevée le 10 septembre 1917 mais la Révolution d'Octobre retarda la Première exécution. Celle-ci eut lieu le 21 avril 1918 dans le Théâtre et avec l'Orchestre d'Etat de Saint-Pétersbourg (alors Petrograd), sous la direction du compositeur lui-même.

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