Les Planètes (Mars & Neptune) de Gustav HOLST

Finlandia

Jean SIBELIUS (1865-1957)

Finlandia, composé en 1900, devint rapidement l’hymne de la Finlande indépendante, propulsant son compositeur au premier plan de la scène politique nationale et la scène musicale internationale. Au début du XXe siècle, le mouvement indépendantiste se faisait de plus en plus pressant. L’interdiction du journal Päivälehti, chantre et symbole de l’opposition au pouvoir russe, donna lieu à une manifestation retentissante le 4 novembre 1899, pour la liberté de presse. Les « Musiques pour la célébration de la presse », série de peintures musicales, furent composées à cette occasion. Sibelius composa sept tableaux pour orchestre symphonique. Le sixième était l’esquisse du célèbre Finlandia. Le titre original, « Suomi herää » (l’Eveil de la Finlande), tiré d’une oeuvre du compositeur E. Genetz, traduisait en musique la menace russe et l’esprit de résistance finlandais. Ce morceau fut le point culminant de la soirée : « les sonorités lugubres, imposantes, du début de ce que nous connaissons maintenant surgirent soudain de la fin des horreurs de la Grande inimitié [avec la Russie] », dit le critique H. Klemetti. L’ouvrage définitif, retravaillé, fut publié en 1900. Ce fut immédiatement un triomphe et l’oeuvre devint rapidement l’une des plus jouées du compositeur. Dès 1900, deux concerts à Paris saluèrent le travail du compositeur : A. Bruneau loua dans Le Figaro « La Patrie [=Finlandia] de M. Sibelius, rapsodie à la fois tragique, héroïque, religieuse et douloureuse ».

P. Lalo insista pour sa part, dans Le Temps, sur la portée poétique de l’oeuvre : « une vigoureuse rapsodie où se mêlent les chants héroïques et les chants religieux, […] un art pittoresque dans lequel il tente [.. .] de communiquer des sensations de paysages, de créer une expression musicale des forêts, des eaux et du ciel de la Finlande ». G. Beaume vanta, dans le Courrier Musical, « Finlandia […] un hymne d’une beauté sauvage et rude, pareil au pays qu’il veut dépeindre », tandis que G. Babin dans le Journal des Débats souligna « l’enthousiasme indescriptible soulevé par la Patrie : il y avait beaucoup de Finlandais tout vibrants et dont la flamme a gagné l’auditoire entier ». Dans son Journal, il raconta notamment, qu’en mars 1909, à la fin d’un concert au Queen’s Hall de Londres « [il a] été rappelé sept fois après En Saga, et après Finlandia bien davantage ! » Lors de son voyage américain, en 1915, il eut l’occasion d’entendre 59 fois son oeuvre, sous toutes les formes et avec toutes sortes de formation. L’édition du 8 décembre 1940 du New York Times, rendit hommage à l’oeuvre : « l’immortel Finlandia a démontré l’immense aptitude de Sibelius à dire des choses simples d’une façon directe et populaire, typique d’un grand maître et d’un suprême artiste ». Sibelius se chargea d’adapter son oeuvre pour choeur. Une première version, sur des textes de W. Sola – son frère de maçonnerie – en 1938, pour choeur d’hommes, fut intégrée à la Musique maçonnique rituelle. Sibelius écrivit une seconde version pour choeur d’hommes en 1940, la plus souvent interprétée, sur des textes de V. Koskenniemi :

Tiens, Finlande, ton jour se lève désormais,la menace de la nuit a été écartée.L'alouette appelle à travers la lumière du matin,le bleu du ciel lui donne son chemin,et maintenant avec le jour, les pouvoirs de la nuit s'effritent :le jour se lève, ô notre Finlande !Finlande, debout, et élève-toi vers le plus haut.Ta tête désormais couronnée avec une mémoire puissante.Finlande, debout, parce que tu as crié au mondeque tu t'es débarassée de ton esclavage,sous le joug de l'oppression tu ne demeureras plus.Ton matin est arrivé, ô notre Finlande !

Une dernière version, pour choeur mixte fut composée par Sibelius en 1948. L’oeuvre était si chargée politiquement1 que W. Sola, en 1937, tenta de faire de Finlandia l’hymne de la Finlande indépendante. Même si ce projet échoua, Finlandia remplace encore bien souvent, dans les célébrations officielles, le véritable hymne. Toutefois, méfions-nous : Sibelius refusait de voir dans son oeuvre un hymne à la résistance. Ainsi, dans un entretien avec le journal danois Berlingske Tidende, le 10 juin 1919, il répondit au journaliste :

« - Finlandia n’exprime-t-elle pas les douleurs et les aspirations de la Finlande [à l’indépendance] ?

« - Non, ce n’est en tout cas pas ainsi que je le vois moi-même. L’oeuvre possède évidemment un contenu patriotique, mais très objectif. Il se trouve que je suis moi-même Finlandais. Mais comme cela va de soi, je ne m’en aperçois pas moi-même ».

Malgré tout, conscient de la portée symbolique de son oeuvre, et pour éviter la censure, il modifia le titre sur les programmes de plusieurs concerts qu’il donna en Russie : en juin 1903 et en juillet 1904, lors de deux tournées en Estonie, « Finlandia » devint « Impromptu ». Que l’oeuvre soit un chant triomphal à la Finlande indépendante ou non, elle présente en tout état de cause des caractéristiques évidentes du travail du compositeur à cette époque.

La symphonie n°7, opus 105 (1924)

Jean SIBELIUS (1865-1957)

Les plus anciennes esquisses de la Symphonie n°7 ont été retrouvées dans un cahier de 1914-1915, treize ans avant la parution de l’oeuvre. Il écrivit pourtant dans son Journal le 18 décembre 1917 : « Ai en tête les symphonies VI et VII. […] Si je tombe malade et ne peux plus travailler, qu’adviendra-t-il d’elles ? ». Après le triomphe de sa Symphonie n°6, en 1923, il s’attela à compiler les différents thèmes qu’il avait composés, qui devinrent la Fantasia sinfonica, puis, en 1925 la Symphonie n°7 « in einem Satze3 » ou « continua ». Alcoolique, rongé par la dépression, durement affecté par la relation tumultueuse qu’il vivait avec sa femme Aino, il termina son ouvrage dans la douleur. Si la première, à Stockholm, ne rencontra pas le succès escompté — le concert étant programmé entre deux jours fériés, la salle n’était pas remplie — les deux concerts suivants rencontrèrent un vif succès auprès du public suédois. Dans une lettre à sa femme, il écrivit ainsi : « [c’est] un grand succès. Ma nouvelle oeuvre est une des meilleures. […] Les musiciens Armas et Stenhammar débordaient d’enthousiasme et de louanges ». Le critique-compositeur Petersen-Berger rendit hommage à l’oeuvre dans le journal national : « une sorte de symphonie raccourcie en un seul mouvement rappelant par sa forme Berwald et par son atmosphère les pièces anciennes de Sibelius, inspirées du Kalevala. Dans l’ensemble, elle témoignait d’une puissance impressionnante ». Reprise en août à Copenhague, l’oeuvre, radiodiffusée et télévisée, reçut un accueil mitigé.

Le journal Politiken, regrettait que « l’inspiration n’est-elle pas aussi puissante et aussi originale que dans la Sixième ? Cependant, il s’agit d’une oeuvre d’une grande beauté, venue directement du coeur ». Au contraire, G. Hauch écrivit que « plus que jamais, Sibelius apparaît comme un aristocrate de l’esprit qui ne se répand pas en gestes pathétiques. Il a conservé l’imagination et le tempérament de sa jeunesse, mais son style est différent. La dimension épique prédomine, mais avec distinction et réserve ». Compositeur très apprécié aux Etats-Unis, sa symphonie était très attendue. A l’issue du premier concert, le journal America jugea l’oeuvre « sévère, sombre, solidement écrite, chargée d’une atmosphère caractéristique et dans l’ensemble plus secrète que la Cinquième ». Le chef d’orchestre Koussevitzky, qui dirigea l’oeuvre plus de cinquante fois dans sa carrière, écrivit ainsi au compositeur en 1931 : « je pense déjà à ma saison à Boston. […] Votre Septième Symphonie a remporté la saison dernière un grand succès […]. Cette symphonie m’est très proche, je la ressens intensément ». L’Angleterre, pays où le compositeur avait séjourné à plusieurs reprises, mais où il n’avait jamais réussi à s’imposer réellement, accueillit avec retenue la nouvelle symphonie. Le Musical Times fit ainsi la critique du concert du 8 mars 1927 : « L’oeuvre de Sibelius était manifestement dure à avaler. En réalité elle n’était facile pour personne. Une musique aussi coriace et aussi sévère doit être entendue plusieurs fois avant qu’on puisse l’apprivoiser. Mais même un premier contact a montré sa force. »

Les Planètes Mars & Neptune

Gustav HOLST (1874-1934)

Les Planètes constituent l’oeuvre la plus connue de Holst, oeuvre qui rencontra un succès tel qu’elles en firent oublier toutes ses autres compositions. Composées entre 1914 et 1917, les Planètes sont écrites à la suite de l’échec de Holst à Londres lors de la présentation de The Cloud Messenger en 1913. Invité à Majorque pour se remettre de cet échec chez un ami et mécène, Holst compose cette suite symphonique. Le compositeur Clifford Bax qui était présent lui transmit sa passion pour l’astronomie et l’astrologie, des sujets qui intéressaient déjà Holst. Réalisant le rôle des planètes dans l’astrologie, Holst décida d’écrire sa suite symphonique. D’un point de vue musical, il fut influencé pour la composition des Planètes par Arnold Schoenberg et Igor Stravinsky qui avaient récemment voyagé en Angleterre. Neptune comporte des caractéristiques proche de la musique pianistique de Debussy. Mars fut composée tout juste avant le début de la première guerre mondiale et Mercure fut achevée en 1916. Holst rangea les partitions dans un tiroir après les avoir terminées car il pensait que personne ne pourrait réunir un tel orchestre en temps de guerre.

C’est en septembre 1918 que son mécène Balfour Gardiner loua le Queen’s Hall pour une représentation semi-privée des Planètes. Comme le rapportait la fille du compositeur, Imogen, «(les amis venus les écouter) trouvèrent les clameurs de Mars presque insupportables après quatre années d'une guerre qui se poursuivait», preuve que si Holst fut influencé par une expérience de guerre, il entrait dans l’esprit de son temps. Les résonances étonnamment guerrières de Mars ne sont pas en tant que telles la résultante de l’expérience de guerre de Holst puisqu’il fut réformé et que Mars fut composée en 1914. Néanmoins, on ne peut que voir dans Mars, composée en 1914, une prophétie sur la guerre à venir tant les percussions résonnent parfois comme des salves d’artillerie. Lors de la première représentation publique quelques semaines plus tard, le public fut enthousiaste. Cet enthousiasme ne s'est jamais démenti. Holst donna à chaque planète une identité propre et proche de sa signification astrologique. Chaque planète du système solaire, à l’exception de la terre, avait son mouvement. Mars « celui qui apporte la guerre » servait de début tourmenté, tandis que Venus semble répondre à Mars comme « celle qui apporte la paix ». Mercure « le messager ailé » peut être vue comme celle qui sert de messager entre ce monde et d’autres, Jupiter « celui qui apporte la gaîté » représente l’essence de la vie, Saturne « celui qui apporte la vieillesse », mouvement préféré du compositeur, annonce le style tardif de Holst, et présente la lutte entre la vie et les forces surnaturelles. Uranus « le magicien » est un scherzo qui aboutit à une apogée, formant une sorte de danse ressemblant à l'apprenti sorcier de Paul Dukas ; Neptune « le mystique » clôt le cycle par l’évocation de cette planète lointaine et vide, empreinte d’une grande tranquillité.

Psaume 150 (1892)

Anton BRUCKNER (1824-1896)

Anton Bruckner composa toute sa vie des oeuvres religieuses. Jeune instituteur à l’école paroissiale de St Florian, il était en charge d’écrire pour les offices. Par la suite, il composa nombre d’ouvrages qui restent parmi les plus importants de l’histoire de la musique pour choeur. Parmi eux, on compte trois messes, vingt motets et cinq psaumes, un pour piano (Psaume 22), et quatre avec orchestre (dans l’ordre chronologique, les Psaumes 114, 146, 112 et 150). Le psaume est une prière poétique de la Bible, composée de plusieurs versets. Il a été employé dans la Septante pour traduire l'hébreu mizmor, définissant un chant religieux accompagné de musique. La plupart des Psaumes ont été regroupés, très probablement pour l'usage liturgique juif d'abord, chrétien par la suite, dans le Livre des Psaumes.

Le chant des Psaumes est réglé au rythme des Heures, qui représentent huit réunions de prière en vingt-quatre heures, et répond à un certain nombre de préceptes. Le Psaume 150, pour soprano, choeur mixte et orchestre, commande de la Société des Artistes de Vienne, fut achevé le 29 juin 1892, alors que Bruckner voyait son travail enfin reconnu. Agé de soixante-huit ans, de plus en plus malade, il venait de prendre sa retraite. Il profita de ces dernières années pour retourner à St Florian « que je n’aurais jamais dû quitter », où il trouva l’inspiration pour composer ses dernières oeuvres. Alors qu’il effectuait une énième révision de ses Septième et Huitième symphonies, et qu’il travaillait à sa Neuvième Symphonie (inachevée), il profita ainsi d’un séjour dans « son » abbaye pour composer deux oeuvres brèves : Helgoland et le Psaume 150. Bruckner considérait son Psaume 150, véritable hymne jubilatoire, comme « un appel à la louange du Dieu trinitaire », comme il l’écrivit à son ami Mayfeld. Dans cette oeuvre, il met en musique les différents caractères du Dieu catholique, tel que la Bible le présente, un Dieu à la fois puissant, féroce, mais aussi salvateur. L’oeuvre traite de trois versets, traduits en allemand, sur des thèmes découlant du plain-chant dit grégorien.

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