Venise-Lübeck, aller simple : musica concertata

Venise-Lübeck, aller simple : musica concertata entre Italie et Europe du Nord au XVIIe siècle

Ce concert se veut être un témoignage de ce qu’on pourrait appeler un « transfert culturel », autrement dit la diffusion de la musique vénitienne, qui commence à expérimenter la combinaison de voix et d’instruments dans un style très reconnaissable et généralement appelé « concertant », dans les cours allemandes, au XVIe siècle. C’est surtout à Heinrich Schütz, qui avait complété, chez Gabrieli, à Venise, sa formation de compositeur, que l’on doit ce phénomène. Le style vénitien se marie alors avec la tradition liturgique et musicale luthérienne ; genres et topoi se mêlent : les petites cantates sacrées de Buxtehude sont ainsi le lien parfait entre la musique vénitienne et les cantates de Bach, qui avait d’ailleurs travaillé avec Buxtehude. Ce programme a donc pour ambition d’illustrer une thèse musicologique connue depuis au moins les études sur Schütz dans les années 1930, la réception de sa musique par le grand public au XXe siècle et les enregistrements réalisés par Roger Norrington dans les années 1970. Au tournant des XVe et XVIe siècles, la musique se caractérise par une grande diversité de techniques, de formes, de dénominations.

23 EV 02L'Ensemble Vocal du COGE dans la cour du Lycée Henri IV à Paris, le vendredi 8 décembre 2006.

L’unification de tous ces éléments est réalisée par trois compositeurs qui vont jouer un rôle décisif pour l’avenir de la musique et qui composeront des oeuvres d’une richesse inédite : il s’agit de Gabrieli, Monteverdi et Frescobaldi. En outre, l’école vénitienne de la fin du XVIe siècle sera à l’origine d’un changement stylistique majeur, avec notamment la musique à double choeur (avec par exemple l’effet d’écho, qui sera très utilisé dans les compositions à l’époque baroque), qui fait intervenir la voix et des instruments, conjointement ou en alternance : les instruments ne font pas que doubler les voix. Les oeuvres polyphoniques se multiplient, l’écriture instrumentale et l’écriture vocale deviennent deux choses autonomes, et c’est le début de la forme concertante. Le début du XVIIe siècle est l’occasion d’un tournant important de l’écriture musicale avec le renoncement à la polyphonie, lequel se caractérise en particulier par l’écriture d’une partie soliste (la monodie) et d’un accompagnement fait de successions d’accords, et l’apparition de la basse continue pour l’harmonie. Cette dernière consiste en un accompagnement en accords par le biais d’une basse chiffrée qui demande au moins deux instruments : un pour la ligne de basse – instrument à archet –, l’autre pour les accords - clavier, luth. Dès cette époque, une liberté d’exécution est laissée aux interprètes, que ce soit pour les ornements ou pour l’exécution de l’harmonie.

La monodie se développe en particulier dans les madrigaux et dans l’opéra, qui apparaît avec Monteverdi et qui, en quelque sorte, synthétise tous les styles récemment créés. Quant à la musique sacrée, elle reste profondément attachée à la tradition polyphonique, tout en cédant peu à peu le pas à l’écriture moderne, la monodie. C’est notamment le cas chez Monteverdi qui écrit des pièces dans lesquelles les voix jouent entre elles, et où plusieurs parties de solistes se répondent, accompagnées par un choeur et des instruments. Souvent, Monteverdi soumet la musique au texte, donnant aux mots une dimension déclamatoire. La forme cantate consiste, au début du baroque, en une suite de variations strophiques d’une mélodie avec basse continue, entre lesquelles s’interposent des ritournelles instrumentales. Peu à peu, la mélodie y devient plus lyrique et les dissonances sont utilisées, de même que le contrepoint et le style bel canto. La cantate permet donc une grande variété d’écriture. Buxtehude, par exemple, compose ses cantates sans y mettre ni récitatif, ni aria da capo, contrairement à beaucoup de ses contemporains du milieu de l’époque baroque. Il y inclut des ariosos et un accompagnement instrumental, et s’inspire notamment du choral d’orgue – lequel distingue le choral de l’accompagnement - pour les composer. La musique instrumentale, pour sa part, s’épanouit dans le nord de l’Italie, surtout à Modène, Venise et Bologne ; la distinction entre musique de danse et musique de chambre, plus descriptive et utilisant plus ou moins le contrepoint, apparaît également au XVIIe siècle.

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