Symphonie n°8 de DVORÁK

Programme du concert

Ballad of Heroes de Benjamin BRITTEN (1913-1976).

Crucifixus de Antonio LOTTI (1665-1740).

Hear my Prayer, O Lord de Henry PURCELL (1658-1695).

Petite Suite de Claude DEBUSSY (1862-1918).

Remember not, Lord, our offences de Henry PURCELL (1658-1695).

Symphonie n°8 en sol majeur B 163, op. 88 de Antonín DVORÁK (1841-1904).

Te Deum, op. 103 de Antonín DVORÁK (1841-1904).

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Dates

Concerts d'hiver de la 19e Saison (2001-02) donnés par la Formation Symphonique (FS).

GATTO Roberto, chef d'orchestre.

DELAFOSSE Olivier, chef de choeur.

Vendredi 18 janvier 2002 en l'Église Saint-Eustache (Paris 1er).

Dimanche 20 janvier 2002 en l'Église de la Sainte-Trinité (Paris 9e).

Solistes

JEZIERSKI Robert, basse.

LEBEC Sandrine, soprano.

Historique

Retrouvez 4 des œuvres de ce programme données à l'occasion d'autres concerts :

Crucifixus de Antonio LOTTI (1665-1740) ∼ 2 saisons : 21, 19.

Hear my Prayer, O Lord de Henry PURCELL (1658-1695) ∼ 2 saisons : 22, 19.

Petite Suite de Claude DEBUSSY (1862-1918) ∼ 1 saison : 04.

Te Deum, op. 103 de Antonín DVORÁK (1841-1904) ∼ 2 saisons : 24, 19.

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Symphonie n°8

Antonín DVORÁK (1841-1904)

La 8e symphonie en sol majeur, opus 88, est dénommée « l'Anglaise » d'après le lieu de sa première édition. DVORÁK la composa durant l'automne 1889 dans sa maison de campagne de Vysoka près de Pribram. La création de l'œuvre eut lieu le 2 février 1890 au Rudolfinum de Prague sous la direction du compositeur. Cette symphonie peut être considérée comme l'expression d'un équilibre intérieur retrouvé et comme une manifestation de reconnaissance pour tout ce que la vie offre de beau à l'homme.

L'énergie et la joie qu'elle dégage témoignent de l'euphorie créatrice et personnelle de DVORÁK, qui estima une nouvelle fois nécessaire de prouver, par l'esprit purement tchèque de cette symphonie et par ses mélodies aux accents de chansons populaires, combien il était profondément enraciné dans son pays natal. Dans l'Allegro con Brio du 1er mouvement se fait entendre, avant même que ne soit exposé l'aimable thème principal de la forme sonate, un « hymne » choral qui figure également au commencement du développement et de la reprise. Dans l'Adagio du 2e mouvement, la veine poétique et mélodieuse de DVORÁK trouve à s'exprimer dans toute sa vigueur.

Le trio du gracieux Scherzo est une réminiscence du chant populaire assigné au personnage principal de son opéra Têtes Dures. Une joyeuse fanfare de trompettes ouvre le Finale (Allegro ma non troppo), mouvement en forme sonate dont les variations de l'énergique thème principal, aux allures de marche, constituent le centre de gravité et le noyau structural. Cette symphonie prouve que DVORÁK déborde d'idées toujours nouvelles sur le plan de l'atmosphère et de la sonorité musicale.

Te Deum, opus 103

Antonín DVORÁK (1841-1904)

Même si sa renommée reste surtout liée aux symphonies et à un groupe de compositions de musique de chambre, DVORÁK fut un artiste fécond et heureux dans tous les domaines, et ses contemporains apprécièrent énormément ses compositions religieuses. DVORÁK composa le Te Deum juste avant son départ pour les états-Unis, à l'occasion du 400e anniversaire de la découverte de l'Amérique par Christophe Colomb. Cette œuvre lui fut commandée par Mme Thurber, qui venait d'ouvrir le nouveau conservatoire de New York dont DVORÁK devait prendre la direction.

DVORÁK vivait depuis son enfance dans une foi catholique, et c'est cette piété profonde qu'il exprime dans ses œuvres religieuses. Cependant, cette foi n'a rien de mystique. Ce sentiment religieux est plus voué à Dieu qu'à une société religieuse. Ainsi DVORÁK témoigne de son admiration pour la beauté de l'univers et s'interroge sur la condition humaine plus que sur les mystères célestes. Dans ce Te Deum, DVORÁK n'a d'ailleurs pas hésité à introduire des éléments populaires, non religieux, de caractère tchèque. Ainsi, le chant et l'orchestration sont colorés comme les danses populaires slaves, ou gracieux comme les pastorales bohèmes. L'inspiration mélodique est aussi parfois teintée de réminiscences de Haendel, réactualisées par l'esprit romantique.

Ce Te Deum se divise, comme la symphonie, en quatre sections : Sanctus, Rex Gloria, Aeterna Fac et Dignare Domine. Alors que le premier mouvement proclame de manière vigoureuse le thème principal, le deuxième est plus lyrique avec le grand air de baryton accompagné par les cordes et le chœur. Le troisième mouvement, Aeterna Fac, forme le scherzo de cette symphonie chorale, tandis que le final, partant d'une atmosphère ténébreuse, s'anime et s'éclaire peu à peu en réunissant solistes, chœur et plein orchestre jusqu'à la reprise triomphale du thème initial. Teinté de joie et de sonorités brillantes, le Te Deum exprime la conception religieuse de DVORÁK. Loin de considérer la religion comme une menace, DVORÁK y trouve chaleur, humanité et espoir.

Remember not, Lord, our offences

Henry PURCELL (1658-1695)

Fils d'un musicien, Henry PURCELL (1658-1695) fut tout d'abord chanteur à la chapelle royale. En 1677, il fut nommé compositeur officiel pour les « violons du roi », puis en 1679, organiste de l'abbaye de Westminster ; en 1682, il figure parmi les organistes de la chapelle royale. Ses charges officielles continuèrent sous les règnes de Jacques II et Guillaume III. L'œuvre de PURCELL symbolise les caractères originaux d'une période de transition dans la musique anglaise. Se conformant à toutes les conventions de sa société, PURCELL est toutefois également influencé par les modèles italiens et français de l'époque (intensité expressive des premiers, raffinement des seconds).

A la croisée de la grande tradition polyphonique anglaise et du nouveau style dramatique et monodique, Henry PURCELL (1658-1695) saura trouver ses marques et servir avec une égale inspiration les deux styles. Il mettra inlassablement son riche vocabulaire harmonique et ses dons de mélodiste au service du texte anglais auquel il donne l'énergie et le pouvoir d'affecter les passions humaines. Les « Full Anthems » ou antiennes « complètes », c'est-à-dire pour solistes et chœur avec accompagnement orchestral, sont des œuvres polyphoniques qui empruntent leurs textes à l'Ancien Testament et particulièrement aux Psaumes. Prières en musique destinées à l'assemblée mais ne faisant pas partie de la liturgie, ces œuvres sont intelligibles par tous les fidèles grâce à leur mélodie simple.

De plus, la puissance poétique des textes bibliques stimule l'inspiration du compositeur et éveille sa sensibilité. L'anthem est à PURCELL ce qu'est la cantate à Jean-Sébastien Bach : terrain de recherche et d'expérience dans la composition. Remember not, Lord, our offences, et Hear my prayer, O Lord, tous deux composés entre 1680 et 1682, probablement pour l'abbaye de Westminster, font partie du genre full anthem. PURCELL y exprime sa ferveur et sa spiritualité. On y trouve une grande puissance expressive souvent bouleversante et ces qualités de pudeur, de dignité et de simplicité particulières aux grandes œuvres anglicanes.

Dans Hear my prayer, O Lord, pièce pour chœur ou solistes à huit voix, la forme monolithique évolue de manière fluide, sans rupture ni ébranlement. Le déroulement du thème en do mineur s'inspire de la technique d'épaississement progressif du maître de Purcell, John BLOW. Enoncé initialement par l'Alto II, le motif principal subit le travail contrapuntique du maître dans un style étrangement archaïque et minutieux. Par une sensibilité répandue de façon poétique dans son écriture chorale, dans le traitement des dissonances et dans la grâce de ses lignes mélodiques, PURCELL arrive à exprimer une sensualité sonore, modérée, délicate et légère, répondant à une conception précise de la musique, qui est celle de la décoration et de l'ornement.

Crucifixus

Antonio LOTTI (1665-1740)

Ce motet d'Antonio LOTTI (1665-1740) possède une structure s'appuyant très habilement sur le court texte latin Crucifixus etiam pro nobis, sub Pontio Pilato passus et sepultus est ce qui permet d'y distinguer cinq parties. L'ouverture propose à chacune des 8 voix d'exposer successivement le mot clé crucifixus, chacune des entrées modifiant la ligne de chant des voix en cours à travers l'inclusion de demi-tons entre les paires de sous-pupitres. Cette entrée « constructive » mène du silence jusqu'à la superposition des huit voix sur l'accord de Sol majeur. L'écriture s'anime alors grâce aux séries de quatre croches proposant un nouveau type de déclamation au sein d'un contrepoint, mettant en valeur la richesse d'utilisation de l'octuor vocal. Le sub Pontio garde cet élan tout en menant vers l'atmosphère plus calme du passus, chacune des voix y pénétrant tour à tour, faisant peu à peu oublier l'animation précédente. Le riche contrepoint se résorbe jusqu'aux retrouvailles sur l'accord de Do mineur, le chœur peut alors doucement répéter une ultime fois le et sepultus est afin de conclure sereinement sur l'accord de Do majeur.

Ballad of Heroes

Benjamin BRITTEN (1913-1976)

En juillet 1935, Britten fait la connaissance de W. H. AUDEN dans le but d'une collaboration pour les meilleurs documentaires de l'histoire du cinéma. De cette collaboration professionnelle va naître une profonde amitié : en 1936, alors que Britten est en Espagne à l'occasion du festival de Barcelone, la guerre civile espagnole éclate. Dès lors, avec ses amis - Christopher Isherwood, Louis Mac Neice, écrivain, et d'autres - Benjamin Britten va tenter de promouvoir ses idées pacifistes, face à la montée du fascisme international. The Ballad of heroes (Ballade des Héros) est composée dans ce sens.

Composée sur des textes de Auden et Swingler, cette œuvre est un vibrant hommage aux volontaires britanniques engagés dans les brigades internationales et anéantis en Espagne. The Ballad of heroes (1939), de plus de vingt années antérieure au célébre War Requiem, est sans doute la composition la plus politique de Britten. Découpée en quatre parties - Marche funèbre, Scherzo (Danse de la mort), Récitatif et Chœur, et épilogue - , elle met déjà en jeu une grande part du matériel musical de Britten présent plus tard dans le War Requiem ou dans ses opéras. La pièce s'ouvre sur une marche funèbre. Le chœur murmure de manière lancinante, à l'unisson avec l'orchestre, un récitatif qui célèbre le courage des hommes partis combattre pour la paix et la liberté. Dans la Danse de la mort (Dance of death), Britten exprime la violence même des combats en utilisant notamment la technique de la Ground Bass (basse obstinée). Le chœur et l'orchestre semblent se déchirer dans un fracas terrible.

A l'instar de Picasso dans Guernica, Britten cherche à dépeindre l'horreur de la guerre. Les dissonances de sa composition sont à l'image de la violence des bombardements et les cris du chœur retentissent comme les plaintes affolées des victimes de la guerre. L'apaisement vient avec le Récitatif, mouvement plus lent où la soprano fait ses adieux aux morts sur une harmonie chorale très serrée. Ce mouvement se veut être une réflexion sur les causes de la guerre. L'espoir d'un monde pacifique n'est pas vain, et le sacrifice de ceux qui ont combattu pour la liberté doit être honoré. L'épilogue reprend la mélodie de la marche funèbre de l'entrée, et s'adresse à la nation anglaise. Le chœur rappelle aux Anglais leur devoir de mémoire à l'égard de ceux qui sont partis pour défendre la liberté et la condition humaine.

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